Interview: Les américaines d’Au Revoir Simone reviennent en force !

Au+Revoir+Simone+Annie+HartAprès plusieurs années de silence, le trio New-Yorkais Au Revoir Simone est de retour. Auteures d’un troisième album ‘Move in spectrums’ plus musclé que les précédents, StreetGenération a eu le plaisir de rencontrer Annie Hart à l’occasion de leur passage à Paris. Retour sur cette rencontre.

StreetGeneration : Cela fait plus de quatre ans que nous n’avions plus entendu parler de vous. Je ne pensais pas qu’un nouvel album sortirait, notamment avec l’escapade en solo d’Erika. Peux-tu nous expliquer pourquoi ce fut aussi long avant de pouvoir vous retrouver ?

Annie Hart : Nous avons tourné pendant près de deux ans et demi lors de l’album précédent (Still night, still light). Et puis j’ai eu un bébé, d’ailleurs la dernière fois que nous avons jouée à Paris au Nouveau Casino, j’étais enceinte. Nous avons ensuite composé et enregistré pendant deux ans et demi pour ce nouvel album. Nous avons travaillé avec Jorge Elbrecht en tant que producteur. C’est quelqu’un qui est très pris avec ses autres projets musicaux. De ce fait, cela a pris pas mal de temps pour finaliser l’album.

StreetGeneration : Pendant cette longue absence d’Au Revoir Simone, tu n’as pas démarré de projet parallèle ?

Annie Hart : Si, si. Je joue dans deux autres groupes. Le premier c’est un groupe avec mon mari qui s’appelle Puresnatchers. Mon mari est quelqu’un de très talentueux, un excellent compositeur et je dois bien avouer que je suis un peu déçue que son groupe ne soit pas plus populaire. J’aime me retrouver dans celui-ci, où j’y apporte toute mon énergie. Nous prenons des décisions communes et nous développons des idées ensemble. C’est vraiment un immense plaisir pour moi de faire de la musique avec lui. Le second groupe s’appelle Uninhabitable Mansions et certains membres font partie de Clap Your Hands Say Yeah!. C’est beaucoup plus rock que mes autres projets musicaux. Ça m’a beaucoup plu de travailler avec eux et je pense que ça a pas mal influencé ma manière de composer pour le nouvel album d’Au Revoir Simone.

StreetGeneration : Quand avez-vous décidé que le moment était venu de redémarrer Au Revoir Simone ?

Annie Hart : Je ne m’en souviens pas exactement. Heather finissait ses études en pharmacie. Erika était sur le point d’obtenir son doctorat de médecin biologiste et elle allait démarrer son projet solo. Nous sommes restées très soudées pendant cette pause musicale et lorsque nous nous sommes retrouvées toutes les trois, nous étions toutes débordantes d’énergie. C’était comme si ce silence avait été nécessaire. En tout cas il a été très bénéfique.

StreetGeneration : Donc pas de syndrome du difficile troisième album ?

Annie Hart : (Elle sourit). Non ! Nous ne faisons pas les choses en fonction de quelqu’un qui nous demande de les faire. Nous agissons simplement en fonction de ce que nous avons envie de faire. Il n’y a pas de pression extérieure qui nous impose de sortir un disque à tel moment. Nous avons toujours collaboré ensemble parce que nous avions des choses à dire, et parce que c’est un plaisir de composer et de se retrouver toutes les trois. C’est une chance de pouvoir vivre les choses de la sorte. Je suis convaincue que travailler sous la pression dans la réalisation d’un album n’est pas bon productivement parlant. Je suis très fière de ce disque. Nous avons écrit une vingtaine de chansons pour celui-ci et nous avons pris un grand plaisir à les composer.

StreetGeneration : Quelque chose a changé dans votre musique par rapport aux deux albums précédents. Vous êtes restées vous-même mais en même temps, il y a une maturité qui semble avoir pris le pas sur vos compositions. Est-ce que le fait de devenir maman a changé, musicalement parlant, quelque chose pour toi ?

Annie Hart : C’est une question très intéressante. Tu es le premier à me la poser. Il n’y a rien de plus personnel que de donner naissance à un être humain. Toutes ces sensations que tu peux vivre, du début à la fin de la maternité, c’est simplement incomparable avec tout le reste. La suite est tout aussi forte : Prendre soin de son bébé, le voir grandir jour après jour, c’est un grand bouleversement. Et cela m’a permis de prendre conscience que je n’ai plus à avoir peur de quoi que ce soit. Je sais maintenant vraiment qui je suis. Pour ce qui est de la musique, ça a forcément influencé ma manière de composer, mais ce qui est important c’est surtout de réaliser que lorsque tu n’aimes pas ce que tu fais tu peux le changer. C’est le cas avec la musique. Alors que lorsque tu donnes la vie, ça engendre des responsabilités irréversibles. Mais c’est ce que je désirais vraiment et cela a énormément influé sur ma manière de faire les choses et pas seulement en ce qui concerne la musique. Avec Heather et Erika, nous avons ces vibrations toutes les trois qui sont intimement liées. Et le fait de devenir maman m’a permis d’avoir beaucoup plus de confiance en moi, et je pense très sincèrement que cela apporte beaucoup à notre trio.

StreetGeneration : ‘More than’, la plage d’ouverture du disque présente un peu votre nouveau côté. Le beat de démarrage a un peu un effet battement de cœur et on a l’impression que vous êtes sorties d’un long sommeil sans que rien n’ait fondamentalement vraiment changé, mais avec toutefois cette évolution sonore.

Annie Hart : J’aime beaucoup cette chanson. Je n’étais pas présente lorsqu’Heather et Erika travaillaient sur la démo à l’aide de claviers. Et il y a ce moment où Erika m’a fait écouter le beat de la première partie de la chanson par téléphone. Je m’en souviens très bien, j’étais assise et j’ai ressenti quelque chose de très fort, qui m’a vraiment parlé en découvrant ce passage musical. Cela a raisonné en moi d’une manière stupéfiante. Et lorsque nous avons eu la chance de continuer de travailler ensemble sur ce morceau, notamment sur le passage électro psychédélique, ça a constitué un moment très particulier pour moi. J’étais très heureuse de bosser sur cette chanson et il était important pour nous de la mettre en ouverture d’album. Cela montrait la progression musicale de notre groupe.

StreetGeneration : L’atmosphère sur le disque est également différente. C’est moins mélancolique que par le passé, il y a davantage de pêche, et parfois c’est très sombre. C’est notamment le cas de ‘We both know’ qui est probablement la chanson la plus sombre que vous ayez composée. Quelle est l’histoire de cette chanson ?

Annie Hart : Je suis ravie que tu aimes cette chanson. C’est moi qui l’aie composée. Tout est venu d’un rêve. J’étais une personne totalement anonyme et j’allais de club en club sans être reconnue. Dans cette chanson, j’ai utilisé de nombreuses boucles comme dans la musique indienne. Lorsque je l’ai écrite, j’étais comme hypnotisée. Je ne pouvais m’empêcher d’enchainer boucle sur boucle dans une forme de progression musicale. C’est vrai que cette chanson est très sombre surtout par rapport aux autres compositions de l’album. Et je pense que l’on ressent parfaitement le côté hypnotique de la composition dans sa version finale. Cette chanson parle de mon ancien petit ami de lycée qui passait de filles en filles, d’où l’effet de boucles musicales.

StreetGeneration : Peux-tu nous en dire un peu plus à propos de la vidéo de ‘Crazy’ ? D’où es venue cette idée de faire un remake de ‘After hours’ de Martin Scorsese ?

Annie Hart : Lors de l’enregistrement de l’album, Heather et moi avons beaucoup parlé de ce film. Je lui disais qu’il correspondait vraiment à ‘Move in spectrums’. Car pour moi cet album est une chance. Cet album possède un côté brillant. Cet album a une enseigne illuminée par un néon. Cet album est pluvieux. Cet album est froid. On se perd dans cet album mais finalement on sait très bien où on va. Et toutes ces caractéristiques font référence à ce film. Heather connait un réalisateur qui travaille pour Everyone and Company à New York et ils voulaient réaliser une vidéo d’Au Revoir Simone. Nous les avons rencontrés plusieurs fois et nous leur avons parlé de ce film et du lien qu’il entretient avec notre album. L’idée leur a plu. Nous avons pris beaucoup de plaisir à réaliser ce clip. La productrice de ce film a travaillé avec Michel Grondry sur ‘Soyez sympas, rembobinez’.

StreetGeneration : Vous avez collaboré avec Robortom. Peut-on en savoir un peu plus ?

Annie Hart : Oui, sur ce projet c’est juste Erika et moi. Nous avons enregistré cette chanson dans ma chambre. Je ne me souviens plus très bien comment ça s’est passé (Rires). Un des membres de ce projet est DJ. Ce qui est drôle c’est que nous nous sommes rencontrés pour la première fois lors d’une séance photo pour ce disque. Tout était déjà enregistré et pressé. Nous avons collaboré par email dans le cadre de ce morceau. Beaucoup de groupes travaillent de la sorte actuellement.

StreetGeneration : Vous avez aussi contribué au morceau ‘Les chansons de l’innocence’ d’Etienne Daho. Comment cela s’est-il passé ?

Annie Hart : Il est venu nous voir lors d’un concert à Paris il y a pas mal de temps déjà. C’était à l’Alhambra je crois. Nous nous sommes vus après le concert, il nous a un peu fait découvrir Paris la nuit. C’est quelqu’un de très gentil et qui a un esprit adorable. Il voulait que nous collaborions ensemble pour son album. Il nous a envoyé une démo et nous étions à l’époque en studio à New York. Nous avons collaboré via Skype et tout s’est passé en une soirée. Nous avons fini ça à 4 heures du matin. C’était vraiment très sympa. Et la chanson est vraiment super !

Emmanuel STRANADICA

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William Soragna conjugue sa passion pour la musique et son talent de photographe pour illustrer les articles de Freakshow magazine.

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