Photos: Iggy Pop, I Wanna Be Your God!

Les Nuits de Fourvière. 17 juillet 2015.

Steve McKay, saxophoniste des Stooges sur l’album « Fun House » en 1970 avait prévu de monter sur scène aux Nuits de Fourvière pour accompagner le duo local de Raw mais, des petits problèmes de santé l’ont obligé à annuler sa venue à Lyon. Un souci qui aura évité à un artiste légendaire, une certaine humiliation.

Programmé en urgence la semaine d’avant, le duo Raw qui annonçait un set free jazz punk en totale improvisation, directement inspiré de l’album, « Fun House » d’Iggy Pop and The Stooges,  a livré ce qui fut sûrement la pire prestation des Nuits de Fourvière 2015.

Cumulant, en prime des soucis techniques dés le premier titre (si titre, on peut nommer), les Raw ont bien tenté, bravement d’ailleurs de faire du bruit et de prendre leur public à témoin – « sifflez nous ou applaudissez nous, mais faites quelque chose ! » – mais rien n’y a fait. Ce duo free jazz composé d’un saxophoniste couplé à des boucles de DJ assez pénibles a déroulé vingt minutes de set aussi fines et intéressantes que le son et la vision d’un vieux Carterpillar fumant et enroué sur une route pavée du Nord. Gêne et sifflets ont rapidement mis un terme à leur prestation…courageuse !

Alors que certains se battent pour la retraite à 67 ans, Iggy Pop n’entend pas laisser sa place !

 Après quelques problèmes de santé, il remonte sur la scène des Nuits de Fourvière à 68 ans pour démontrer qu’en appliquant toute sa vie l’adage « Mens sana in corpore sano », on peut tout faire à un age avancé !

Quatrième prestation à Lyon en vingt cinq ans pour celui qu’on nomme l’iguane, ce concert, dont on peut malheureusement penser qu’il sera son dernier dans la capitale des Gaules ré-affirme la qualité de la programmation proposée chaque année aux Nuits de Fourvière et la rage, mentalement intacte du chanteur natif de Muskegon, dans le Michigan. Après quelques années difficiles, Iggy Pop paraît aujourd’hui physiquement légèrement diminué à celles et ceux qui ont eu la chance de suivre ses prestations depuis 1969 , soit.

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Mais qui ne le serait pas après une vie de grande décadence totalement vouée à la scène et au rock ?

 Du protopunk, dont il fut l’un des instigateurs avec The Stooges, à l’art rock made in Berlin aux cotés de son ami David Bowie jusqu’à un pop rock lourd et de qualité dans les années 80, aux cotés de Debby Harry, notamment, Iggy Pop a traversé tous les âges et les courants musicaux depuis 1968 (début des Stooges), enterrant nombre de ses collègues de scène, au sens propre comme au figuré. Hanche gauche en avant (due à une jambe droite plus courte que l’autre), comme à son habitude, le jeu scénique de l’iguane n’a pas perdu grand chose de sa légende cinquantenaire et seul l’age vénérable du héros du rock ralentit la cadence et la gestuelle qu’il s’impose titre après titre. « No Fun« , « I Wanna Be Your Dog« , « Lust For Life » ou « The Passenger », repris en chœur par tout Fourvière…difficile de proposer setlist plus alléchante et plus légendaire pour un public venu, en priorité revivre des pans entiers de l’histoire de la musique contemporaine. Jouant au lasso avec un micro devenu projectile et allant jusqu’à plonger, tête en avant dans les premiers rangs – quel autre artiste de 68 ans oserait pareil engagement ? – sur le rugueux « 1969« , le nouvel anti retraité de Miami beach qui a choisi de se la couler douce entre sa Ferrari décapotable et des publicités à plusieurs millions d’euros, assure un set parfait et renvoie les jeunots du rock à leurs études.

Torse nu, arborant encore un physique étonnamment jeune, Iggy Pop le francophile a été mis au courant de la tradition des Nuits de Fourvière : ici, si les coussins verts (distribués au public assis sur les gradins en pierre) se mettent à voler sur scène à la fin du concert, c’est que la plèbe est satisfaite. Satisfaite, elle l’est à un point rarement atteint dans un déluge de 4000 coussins virevoltant et dont aucun ne viendra toucher le pape du rock protégé à jamais par les dieux du rock.

Quelques festivaliers vont aller jusqu’à se risquer sur scène pour immortaliser l’instant et s’en faire virer, gentiment aussi sec. L’occasion était bien trop belle. Dix sept titres en tout, dont un rappel qui en comptera quatre avec un « I’m Bored » en point d’orgue, et les Nuits de Fourvière referment ce moment qui restera à jamais gravé dans les mémoires et sur le site Internet d’Arte qui retransmettait le concert en direct. La canicule qui sévit depuis des semaines met les bars du festival à rude épreuve après le show ; la bière coule par pintes et vient honorer la limousine noire qui ramène à son hotel, une fois n’est pas coutume à Lyon le chef de file de la religion rock, James Newell Osterberg.

Lust For Life !

Galerie :

Texte: Olivier Kalousdian

Photos: Anthéa Photography

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