Les nuits de Suede. La Cigale.

C’est en novembre 2013, à l’occasion du Festival des Inrocks, que Suede s’était produit pour la dernière fois sur une scène parisienne. Depuis cet excellent concert, les britanniques s’étaient fait discrets en France jusqu’à la sortie très récente de leur nouveau disque ‘Night thoughts’. Le retour du quintet, de surcroît, dans cette même salle, officiait pour l’occasion d’un double événement. Cette manifestation allait se décomposer en deux concerts du groupe.

Le premier en format concept : En l’occurrence, la projection vidéo sur écran du film ‘Night thoughts’ accompagnant l’album sous forme d’un DVD, sur laquelle le groupe joue en live l’intégralité du disque non-stop. La grande particularité de cette performance relève de la position du groupe sur scène. En effet, celui-ci est positionné derrière l’écran, qui lui figure sur le devant de la scène. Au final, on aperçoit uniquement le groupe lorsque les images du film le permettent. Cela peut se rapprocher de la représentation live de Gorillaz où les participants apparaissaient sous forme d’ombre sur scène. Mais ici cela fonctionne nettement moins bien. On ressent davantage la frustration qu’un réel plaisir à assister à ce concert surtout sur la longueur de la performance. D’ailleurs, on entrevoit même Brett pousser le public à se montrer davantage réactif à l’aide de quelques mouvements de bras. Celui-ci s’interdit pourtant tout commentaire ou remerciement tout au long de la prestation. Il ne faut pas oublier la pesante synchronisation musique-image pour les Londoniens. Cela mérite amplement d’être souligné car celle-ci nécessite une concentration absolue pour éviter toute interférence avec les images projetées. Cela ne suffit toutefois pas à calmer l’attente de l’audience pour le ‘véritable’ second show de la soirée.

Mais celle-ci ne sera pas vaine! Après une pause de trente minutes, les anglais reviennent sur scène, débarrassés du fameux écran pour un concert qui débute sur les chapeaux de roue avec l’impeccable ‘This Hollywood Life’ extrait de l’album culte ‘Dog Man Star’. Brett Anderson est littéralement survolté et la performance de ‘Killing of a flash boy’, b-side de la même époque que la chanson de démarrage, qui lui ensuit met véritablement le feu à la Cigale. Brett ne quittera d’ailleurs quasiment plus le bord de la scène, s’agenouillant, serrant les mains du public, grimpant sur les retours ou encore bondissant au cours des classiques ‘Trash’ et ‘Animal nitrate’. Celui-ci ira jusqu’à s’introduire dans le public sur un ‘The Drowners’ terriblement ravageur. La conséquente discographie du groupe, incluant une gigantesque collection de faces b permet à Suede de modifier sa liste de chansons chaque soir. Ainsi ‘The living dead’, présente sur le single ‘Stay together’ trouve une place de choix avant un quarté gagnant composé de ‘For the strangers’, ‘So young’, ‘Metal Mickey’ et ‘Beautiful ones’. Ce dernier venant conclure une prestation scénique de très haute tenue. Une brève sortie de scène avant un rapide come-back le temps d’un ‘New Generation‘ d’anthologie vient mettre un terme à un concert jouissif et endiablé. On regrettera tout de même l’omission de ‘Everything Will flow’, ‘Head Music’ étant le seul disque vers lequel aucun retour n’aura été effectué ce soir-là, malgré une setlist excellente et variée.

Au final, plus de deux heures de prestation live très intense, avec une nette préférence pour le second concert, pour Suede qui a su ravir le public de la Cigale. Le bientôt cinquantenaire, Brett Anderson, a su prouver que lui et sa formation ont encore de bien belles nuits devant eux pour occuper nos pensées.

Emmanuel Stranadica
Photo: Mauro Melis

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