Cure mania à l’Accor Hotel Arena. Photos.

The Cure ; The Twilight Sad ; Accor Hotel Arena ; 16 novembre 2016

De l’avis de tous les curistes, spécialistes ès-gothico-cold wave – et ils étaient très nombreux dans un Bercy à guichets fermés – ce ne fut pas le concert du siècle, ni même celui de la décennie pour le groupe du Sussex devenu un culte à la longévité exemplaire, construisant son aura et sa musique sur les cendres du punk, le spleen de Baudelaire, l’engagement poétique de Camus ou les envolées philosophico-sociales de Sartre.

Huit ans que The Cure n’avaient pas joué dans la capitale de la France, ce pays voisin où Robert Smith vécu et étudia ses auteurs fétiches, pendant quelques mois.

« La France démontre une sensibilité particulière à notre musique et nous a, dès notre deuxième album réservé un accueil très chaleureux ; quelque part, nous sommes plus Français qu’Anglais » déclarait Robert Smith à Télérama en 2012.

_dsc046417h. Déjà, se presse un nombre croissant de corbeaux aux abords de l’ex Bercy, devenu Accord Hotel Arena sous un ciel parisien morose et menaçant crachotant une pluie fine, par intermittence. Les bars alentours se frottent les mains devant l’affluence du soir et en profitent pour pratiquer des tarifs et des accueils plus que prohibitifs. « Je suis à l’image de ma clientèle ! », lancera un serveur irascible à un corbeau mécontent de payer sa pinte onze euros, sourire non compris.

Qu’importe. S’il est bien un groupe des années post punk bénéficiant d’une fan base indéboulonnable, indémodable, infroissable, c’est The Cure. A l’instar d’un Robert Smith, sage démon sans age, ses fans n’ont jamais renié leur coiffure hirsute, leur maquillage excessif, leurs vêtements trop amples. Et encore moins, leur motivation.

_dsc9162_ppAvant que 20h ne sonne, les écossais de The Twilight Sad et leur spleen sonique, invités de The Cure en première partie se lancent dans l’arène. Dans les coursives, la bière et la pizza cuite au micro onde coulent à flot. A cinq sur scène, mené par un chanteur aux faux airs et à la fausse gestuelle de Ian Curtis, The Twilight Sad ont fort à faire pour animer et intriguer cette salle aux allures de stade où 20 000 personnes sont attendues ce soir. Même clairsemé, ce public va s’avérer difficile à contenter pendant les 35 minutes du set des écossais et les 7 titres qui englobent, The Wrong Car, Last January ou That Summer, At Home, I Had Become The Invisible Boy. Jouant sur des clairs obscurs maîtrisés par un clavier angoissant omniprésent et un chant à l’accent écossais moyenâgeux à faire passer Renton et Spud pour des membres de la famille royale anglaise, la bande à James Graham déroule leurs compositions flirtant entre shoegazing et new-wave, cold-wave et indie rock.

L’ambiance, noir de jais est néanmoins jetée et, après les remerciements de circonstances pour les membres de The Cure, The Twilight Sad sortent du ring ; le public est au complet et prêt à affronter l’obscurité la plus totale.

_dsc0185Fans de la première heure, adorateurs de Seventeen Seconds ou de Pornography, passe ton chemin ! Ce soir, comme à son habitude, Robert Smith va décider de la coloration du set parisien, au dernier moment. Les couleurs envoyées ce soir sur l’immense scène de l’Accor Hotel Arena seront vives et très pop. Le titre, Open ouvrant le set, ce sera donc l’album Wish qui sera mis à l’honneur ce soir, pour le bonheur ou le malheur des fans bigarrés qui se côtoient, entre les cadres en costume tout juste sortis de bureau, les vieux beaux ayant eu le temps de passer enfiler un jean loose et des baskets colorées et les sempiternels corbeaux dont la préparation a bien du réclamer une ou deux heures devant le miroir.

Terminant une tournée harassante qui est passée par nombre de pays européens, Robert Smith, Reeves Gabrels, Simon Gallup, Jason Cooper le batteur très en verve (trop?) et Roger O’Donnell, de retour aux claviers semblent devoir en mesurer les conséquences et en payer le prix, aujourd’hui.

La voix en dedans – marque de fabrique du groupe s’il en est – à un niveau parfois inquiétant, Robert Smith ne perd rien de sa superbe, pour autant.

_dsc0431Avec ses deux guitares signature Schecter en mains tout au long du concert – sur lesquelles sont écrit : « Citizens, not subjects ! » en référence à l’avilissement culturel anglais qu’il dénonce – sa présence et son esprit, voguant encore quelque part durant la révolution punk suffisent à faire de cette soirée un moment mémorable et à ravir les 20 000 personnes présentes. Debouts, de la fosse aux gradins, les plus anciens apprennent aux plus jeunes les mouvements et pas de danse lancinants si particuliers que les mouvements cold-wave et new-wave inventaient, il y a 30 ans, déjà.

Et ce, même si aucun écran vidéo, digne de ce nom ne projette le groupe en gros plan (et surtout pas Robert Smith et son ombre devenue elle même mythique) aux spectateurs les plus éloignés de la scène.

Le démarrage, un peu poussif laisse tout le loisir à certains d’admirer un light show de qualité et sans démesure. Celle ci s’exprime déjà largement dans l’aura et la saga qui entourent la carrière du groupe ; malgré quelques périodes d’inspiration en creux. Puis viennent les titres, In Between Days, The Walk, Just Like Heaven (pour les Enfants Du Rock) et, surtout, le très sombre One Hundred Years issu de l’album Pornography (1982) qui ravira les éclairés de la première heure.

_dsc0218Véritable show man insufflant l’énergie manquante aux quatre autres membres du groupe, Simon Gallup (seul rescapé du line-up originel) n’en finit plus de taper sur les cordes d’une basse jaune canari et de parcourir, de long en large la scène de l’ex Bercy comme pour mieux révéler la stature de son leader, démiurge et idole malgré lui (un statut qu’il rejette, tout autant que la foi ou la religion…), atone et impassible à toute marque d’ostentation.

It Can Never Be The Same, titre inédit (en France) vient chambouler une setlist déjà connue par les plus fans du groupe et qui n’hésitent pas, parfois à les suivre dans le monde entier. Un titre soutenu par la vidéo d’une flamme de bougie en arrière plan qui sera l’hommage du groupe au grand Leonard Cohen, disparu il y a quelques jours…

Mais, c’est sur A Forest, concluant le premier rappel qu’on reprend la mesure de l’apport de ce musicien qu’est Simon Gallup et de cet instrument souvent relégué au second plan, couplé au clavier angoissant de Roger O’Donnell dans les sonorités si particulières du groupe. Il profite à fond du génie d’un Robert Smith qui écrivit ce titre plus puissant qu’une séance d’hypnose collective à 20 ans, en 1979… Le final, exécuté, torturé et mis à mort à la basse seule vaudra les acclamations du public à un Simon Gallup, intenable.

_dsc0619Sur le troisième rappel qui conclura une setlist de 31 titres (excusez du peu !) c’est tout le panégyrique de The Cure qui résonne dans l’immense Accor Hotel Arena. Sur Lovecats (seul titre des Cure enregistré à Paris), Boys Don’t Cry ou Close To Me, les gradins s’affolent et il n’est plus possible de rester le cul vissé à son fauteuil. Certains parents ont voulu jouer les MC d’un soir et, accompagnés de leurs enfants, à la fois déconcertés et enchantés, les observant agiter leurs bras joints autour de leur cou, le bassin dandinant en mouvements plus ou moins concentriques, ils oublient, pour un soir la lourdeur de leur vie. Oui, ceux là ont également été jeunes, un jour…

Deux heures quarante cinq de concert pour leur premier passage dans la capitale depuis huit ans. Certains fans ont connu mieux (jusqu’à 4h de live certains soirs !) et même si le set de ce soir n’entrera pas dans les annales du groupe question ardeur et intensité, il faut souligner la qualité d’un public, tout sauf exclusivement parisien qui aura chanté et vacillé aux sons de chansons devenues quasi psaumes d’une génération X, et aujourd’hui Y.

_dsc0541Texte: Olivier Kalousdian
Photos: William Soragna
Remerciements: Ana @ Alias

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