Arcade Fire : Concert de louanges à Fourvière

Alors que le tandem présidentiel le plus sexy chic de la planète en la qualité d’Emmanuel Macron et Justin Trudeau vient de s’afficher dans les jardins de Taormina pendant le G7, Lyon, ex capitale des Gaulles est devenu, un soir durant le centre du monde culturel francophone en accueillant le plus célèbre groupe canadien au monde.

Francophonie toujours avec une première partie assurée par le batteur Français du groupe Australien Tame Impala (devenu chanteur), Julien Barbagallo et qu’il a modestement nommé, Barbagallo. Grand Chien, son deuxième album sortira le 28 octobre 2017.

De retour d’un Primavera triomphal plus de 3 ans après la sortie de l’album, Reflektor (2013), les Arcade Fire ont posé, en ce 5 juin leurs quatre semi-remorques et leurs deux tour-bus sur l’esplanade du théâtre antique de Fourvière de Lyon en guise d’ouverture non officielle (M et L’Amomali ayant ouvert les hostilités le 1e juin dernier) des Nuits de Fourvière 2017.
L’attente est grande et palpable dès l’entrée du site. Elle l’est depuis le jour de la mise en vente des billets (en mars dernier). Il n’aura pas fallu plus de deux heures pour écouler les 4200 places que contient l’enceinte romaine.
L’attente encore, une fois le théâtre rempli d’une foule plus quadra que post adolescente. Plus de dix ans après leur dernier passage aux Nuits de Fourvière, celle ci sera allègrement récompensée quand, à 22h30 la troupe montréalaise (car il faut bien parler de troupe quand on parle du groupe Arcade Fire !) pénètre sur la scène de Fourvière sur le thème de Everything Now, le nouveau titre stratosphérique issu d’un album lui aussi très attendu, à venir le 28 juillet prochain et tout juste dévoilé sur les réseaux sociaux. Ce titre majeur auquel Thomas Bangalter (Daft Punk) et Steve Mackey (Pulp) ont apporté leurs talents et qui a contribué à alimenter la folle impatience des fans ces derniers jours.
Prenant tout le monde à revers (sauf celles et ceux qui avaient suivi la setlist du Primavera) c’est désormais le titre Wake Up, fermant habituellement la marche qui ouvre le bal lyonnais pour chauffer à blanc un public qui ne demandait que cela.

Crédit: Lol Willems

Crédit: Lol Willems

Tout, tout de suite !
Le mot d’ordre sera suivi à la lettre et sans aucune respiration entre les titres. Patrick Bebey, fils du légendaire musicien camerounais Francis Bebey, rejouant sur Everything Now le gimmick de flûte de The Coffee Cola Song, enregistré par son père en 1982 accompagne sur scène la bande des neuf pour deux compositions, dont le titre, Haïti, île chère au cœur du groupe et, comme toujours, mise en avant au merchandising du groupe dont les recettes seront reversées à l’association créée par Régine Chassagne, la Fondation KANPE.
La nuit arrive, accompagnée d’une demie lune illuminant un ciel dégagé comme pour mieux faire oublier un dimanche de pluie.
Aucune voiture, non aucune ne peut pénétrer à moins de deux cent mètres du théâtre antique. Quand une bible de néons illumine l’arrière scène, il y a là représentées toutes les banlieues de Lyon. Sans mentir le public lyonnais est prêt à démarrer les hostilités. L’expansion urbaine, l’étalement de cette cité est visible au loin. En réflexion dans le miroir du piano habillé d’aluminium, Win Butler semble pouvoir maintenant accéder à une vie futur. Assis à l’arrière de la fosse, dans des gradins au complet, puis debout comme un seul homme, le public sacrifie à leur petit confort les légendaires coussins verts, grands absents de la soirée. En mode rébellion, les premiers rangs ne veulent pas débrancher le courant.

Ou comment exposer une setlist de vingt titres…

Plus sobres, plus nus que sur la tournée Reflektor qui avait atteint des sommets de grandiloquence, Arcade Fire reviennent sur des bases dépouillées qui avaient vu les albums Funeral et Neon Bible imposer un style et une structure instrumentale qui leur sont encore propres. Maîtres de l’orchestration à plusieurs étages ; bêtes de scène ; mélodistes hors pair …les Arcade Fire ne souffrent d’aucune rivalité dans leur domaine. Après The Stone Roses en 2012, Björk en 2015 ou Radiohead en 2016 les Nuits de Fourvière frappent encore un grand coup et déplacent le centre de gravité du pays en région Rhône-Alpes, bordée, pour un soir par les rives du St Laurent.

Texte: Olivier Kalousdian
Photos: Lol Willems / Festival Nuits de Fourvière.

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