Iggy Pop au sommet de l’Aluna Festival

Aluna Festival c’est le rêve devenu réalité de Jean Boucher, gérant du camping du même nom perché sur les monts d’Ardèche entre le village de Ruoms et le site très connu de Vallon-Pont-d’Arc. Avec 65200 billets payants en 2016, ce petit festival est devenu majeur (et le seul) de ce département plus connu pour Jean Ferrat et sa caillette que pour ses programmations rock’n roll internationales.

Les hauts plateaux de l’Ardèche

Seulement, pour gagner son sésame Aluna 2017 qui, cette année fête ses dix ans d’existence, il faut gravir les routes d’Ardèche ! Et de la route, il y en a jusqu’au site d’Aluna. Virages, lacets, épingles, puis parking pour attendre des navettes mises en place par l’organisation et même quelques orages dantesques dus à la canicule pourront faire penser aux mauvais esprits que certains ne sont venus que pour voir l’Iguane et manquer, volontairement et de peu le concert de Julien Doré, programmé juste avant …

Force est de constater que le set du gagnant de la Nouvelle Star de 2007 est déjà bien entamé quand nous pénétrons, bien entamés également sur le site encore légèrement pluvieux d’Aluna. Pas moins de 20 000 personnes sont massées devant l’importante scène principale et admirent le petit prince d’Alès dont les acrobaties scéniques aident à humidifier encore un peu plus ce parterre de fans majoritairement féminin. Coco Caline, Kiss Me Forever, Magnolia ou Caresses…ceci n’est pas l’extrait d’un best of oublié de Claude François, mais une partie de la setlist de Julian Goldy (son premier nom de scène). Des titres que l’on entend finalement très bien du bar presse où sont servis, à discrétion de nombreux breuvages fermentés et pas vraiment locavores …

Rock’n roll suicide

22h30, l’heure où les retraités du monde entier ronflent à qui mieux mieux ou observent à la TV, les yeux grands fermés et la bouche béante la énième rediffusion de Koh Lanta dans l’espoir d’y dénicher une paire de fesses pas trop couverte. « Ce mec nous enterrera tous ! ». Entendu dans les coulisses du festival, ce constat qui ravira outre-tombe ses compagnons de route, David Bowie ou Lou Reed résonne comme un constat hospitalier qui ne cesse de se vérifier au cours des années.

2015 : Nuits de Fourvière. « Faut y aller, c’est sûr, c’est son dernier live en France ». 2016 : Rock en Seine. « Putain, il est encore là et il tord tous les groupes qui l’ont précédé ! » 2017 : Aluna. Iggy entre en scène surexcité sur le riff de I Wanna Be Your Dog et enflamme, dès ses premières postures, les mecs comme les gonzesses. Parité totale dans l’excitation. L’humidité ambiante redouble.

Incroyable James Newel Osterberg Jr. En 2015 et en 2016, on avait du placer un tabouret ou une chaise des scènes qu’il arpentait pour que, entre deux gesticulations dont lui seul à le secret il puisse se reposer deux minutes et laisser refroidir des hanches malmenées au cours du siècle passé. En 2017, l’Iguane n’en a plus besoin. Il va se démener comme un diable, une fois de plus durant 20 titres et une heure trois quart de concert accompagné de la voix par une foule dont les quadras et quinquas continuent de chercher les ficelles qui animeraient, par en haut ce survivant d’une époque où les héros n’y allaient pas avec le dos de la cuillère et les perles s’enfilaient avec l’aiguille du voisin.

La setlist du soir est un modèle de best of des 50 années de carrière d’Iggy dont il est inutile de citer un extrait, exception faite d’un I’m Sick Of You rarement joué en live ces dernières années. A une heure tardive, dans la moiteur d’un après concert qui aura vu écumer les titres Passenger, Lust For Life ou 1969 (on avait dit pas de setlist!) le bar du village presse ne veut pas désemplir. Grace soit rendue à l’organisation d’Aluna Festival qui, en plus d’avoir convaincu le bus tour du récent Chevalier des Arts et des Lettres (ndlr : Iggy Pop a reçu la distinction des mains du Consul de France à Miami en avril 2017) de grimper jusque sur les terres de Jean Ferrat a mis à disposition d’un happy few une cave très bien achalandée et quelques saucisses merguez bien enfumées.

La dernière navette pour redescendre au parking voitures est annoncée. No Fun. Il faut se résoudre à saluer une dernière fois les barmans impeccables qui ont eu fort à faire ce soir. Dans les têtes résonnent les pintes de bière et sur les visages des journalistes encore en vie la satisfaction d’avoir vécu un Real Cool Time.

Texte: Olivier Kalousdian

Photo: DR / Festival Aluna

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