Festival Lunallena : Rockin’ Bandol. Photos.

Si l’Aluna Festival culmine dans les montagnes d’Ardèche au mois de juin, le Lunallena Festival se veut lui, balnéaire, au mois d’août. S’emparant des plages et du bord de mer de la ville de Bandol, jusque là plus connue pour son AOC vinicole et ses résidences secondaires paisibles que pour sa politique culturelle axée sur les jeunes et son amour des scènes reggae ou rock, le Lunallena festival inaugure sa première édition dans le Var avec une programmation de têtes d’affiches étonnante.

Posée sur un coin de table en 2014, l’idée de créer un festival de rock en PACA – la région accueillant tous les ans jusqu’à 40 millions de touristes – vient d’un constat tout simple et maintes fois établi : Il n’y a plus de festival de rock mainstream en PACA et Barcelone ou Lyon ça fait une petite trotte pour aller voir Pixies ou Damon Albarn sur une scène !

Sous l’impulsion des quotidiens Nice Matin et Var Matin (récemment engagés dans une diversification événementielle et la création d’une agence digitale sous l’impulsion de son journaliste musical, Jean-François Roubaud) le festival Lunallena, qui se veut itinérant d’une année à l’autre (entre l’Italie et Marseille) se dresse, pour sa première édition sur le stade Deferrari, à quelques brasses de l’ile de Bendor que le mécène, Paul Ricard a transformé en havre de paix et de préservation naturelle dans les années 50.

web5Wind of change

Une situation géographique qui a bien failli coûter l’annulation de la deuxième soirée de concerts alors qu’un sérieux vent d’ouest se met à balayer la ville après plusieurs jours de canicule intense. Avec deux heures de retard sur l’horaire prévu, la commission de sécurité autorisera enfin le site à ouvrir au public, à la grâce d’une accalmie due à la bascule du soir, surveillé de très près par une armée de policiers perchés sur les toits et armés jusqu’aux dents.

C’est devant un public encore très éparse que les groupes français, Kitchies (Nice), puis Cocoon entament leurs sets respectifs. Le vent est tombé et la chaleur du soir, inhabituelle même pour Bandol se refait sentir. Elle complète la parfaite carte postale d’un festival d’été entouré par la mer et les nombreux bateaux du port situés à quelques mètres de l’unique scène du festival.

web21Il faudra attendre les Two Door Cinema Club et leur très audacieuse électro-pop venue d’Irlande pour voir le public se mouvoir autrement qu’à coups de coude dans l’interminable file d’attente transpirante de l’unique stand à bière, pris d’assaut tout au long de la soirée. Si l’on rajoute à cela les innommables sandwichs de l’agro-industriel Sodebo qui sortent par centaines des frigos (aucune autre offre de restauration), il est fort à penser que quelques ajustements urgents seront apportés à l’édition 2018.

Ni le pain de mie caoutchouteux, ni les problèmes de tireuse à bière ni même la longue attente devant les grilles du stade vont parvenir à entamer la détermination et la bonne humeur des quelques 2000 personnes présentes ce soir. En grande majorité, elles sont venues voir un des étendards de la french touch, around the world. Un groupe dont l’aura et les aventures font la une des parutions musicales et people et qui ne s’attendait surement à pas à jouer un soir d’été à Bandol, 8000 habitants !

web41Veni, vidi, vici

Depuis 1999, Phoenix arpente les scènes et les charts du monde entier, notamment depuis qu’ils ont posé leurs valises à Los Angeles et que Thomas Mars, leur leader s’est uni à Sofia Coppola (présente en loge, dit on…). Très proches du duo Daft Punk, ils sont le premier groupe français à avoir joué au Madison Square Garden de New York devant plus de 20 000 personnes. Et il faut reconnaître le talent persuasif des organisateurs…ainsi que le travail du père de Thomas Mars, Jean Louis Croquet (impliqué dans la reprise de Nice Matin par ses salariés en 2014) pour convaincre le groupe de venir jouer à la première édition du Lunallena festival.

Avec l’album Ti Amo (sorti le 9 juin), septième opus du groupe, Phoenix ont tenté un coup de nostalgie acidulée lorgnant du coté de Lucio Battisti, des cocktails à base de Campari et de l’italiano-disco. Un album et des titres que d’aucun diront, « parfaits pour l’été ».

Ti Amo, Rome, Fior Di Latte…la setlist du soir semble convenir à merveille au public varois composé, majoritairement de locaux âgés de 7 à 77 ans. Évidemment, il y a un fossé entre la coloration sonore de cet album et le, If I Ever Feel Better qui rendit leur aura et leur succès internationaux dans les années 2000.

Et, qu’on apprécie ou pas les différents virages pris par la musique de Phoenix, force est de constater qu’en live, ils sont toujours habités par ce supplément d’âme et cette générosité à toute épreuve qui forment la marque des grands groupes de ce monde. Alors que le public du soir représente à peine le quart d’un Zénith bondé, Thomas Mars, Laurent Brancowitz, Deck D’Arcy et Christian Mazzalaipar donnent sans compter et charment filles et garçons de tous ages, comme s’ils se produisaient devant une jauge dix fois plus importante. Thomas Mars va se lancer dans un crowd-surfing digne des plus gros festivals français pour y interpréter, porté à bout de bras par des dizaines de fans surexcités, un titre entier et finir de conquérir des bandolais qui n’en attendaient pas tant.

web50Alors que la lune est haute, quelques timides gouttes de pluie se mettent à tomber des cieux qui sont l’otage de vents contraires et se refusent, coûte que coûte à laisser s’amonceler les nuages d’orages violents qui sévissent sur les Bouches du Rhône voisines. C’est le moment que choisit Pascal Arbez-Nicolas, alias Vitalic pour décocher un set parfait composé du lancinant, You Prefer Cocaine ou de l’extasiant, Poison Lips dont le film, La Légende de Kaspar Hauser en a fait un hit électro viral et mondial. Il va devoir faire les frais d’un public tout acquis à la cause de Phoenix et encore frileux au charme de ces beats sauvages, quittant les lieux en nombre après la prestation de la bande à Mars et livrer, pour les plus courageux un set magique et hypnotique dont il a le secret, aidé par un light show dont l’ingéniosité n’a d’égal que la puissance de ses mix.

Avec une première soirée consacrée aux formations reggae réussie (Alpha Blondy ; Horace Andy…), le festival Lunallena étonne, dès sa première édition par la puissance et le culot de sa programmation. Bon vent à eux.

Texte: Olivier Kalousdian
Photos: Frédéric Bonnaud

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