ROCK EN SEINE 2017 : Matthieu Pigasse, année 0. (#1)

ROCK en SEINE ; 25, 26, 27 août 2017

Vendredi 25 août

Ce n’est un secret pour personne, Rock en Seine a été vendu à l’homme d’affaire Matthieu Pigasse en mars 2017. Déjà propriétaire des Inrocks et de Radio Nova, le patron de la Banque Lazard semble nourrir un réel et sincère amour pour le rock et la musique en général. L’arrivée de Matthieu Pigasse s’accompagne d’un partenaire de poids, l’américain AEG, le leader mondial des salles de spectacle, créateur du festival Coachella (le plus rentable au monde) et organisateur de méga tournées comme celles des Rolling Stones ou Céline Dion (sans parler des 30% de capital pris dans l’Accord Hotels Arena de Paris, ex Bercy).

Le festival Rock en Seine aura t il à souffrir ou bénéficiera t il de ce changement de mains ?
Premier constat : la Région Ile de France, subventionnant le festival à hauteur de 700 000 euros examine la possibilité de retirer cette aide. Jusque là, François Missonier gérait RES via une association qui présentait des comptes à la Région IDF.
Deuxième constat : avec une baisse de sa fréquentation (comme de celle de Solidays) due à une multiplication des festivals internationaux en IDF (Lollapalooza ; Download …) RES et d’autres se savent en danger et doivent « en faire plus ».

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Cabbage

Vendredi 25 aout : « Chouette il pleut ! Je vais pouvoir sortir mes bottes et mon ciré jaunes »

Vendredi 25 août, les orages rincent Paris et sa périphérie. Toute la matinée jusqu’en début d’après-midi il tombe, par intermittence des torrents d’eau. Vers 16h, la pluie a cessé et il est temps d’aller affronter les 25 km quotidien qui vont rythmer le WE, sur des terres parfois assez boueuses. Pas de quoi affoler les hipster parisiens qui ont fait provision, en prévision chez Aigle…

Des âmes chagrines auront vite fait de dire que les Anglais de Cabbage s’évertuent à imiter l’attitude des Fat White Family sur la scène de la Cascade. Il n’empêche que la scène mancunienne sait y faire quant il s’agit de donner vie à des groupes anti-conformistes voire punkisant, quelle que soit l’époque. La révolution musicale ne partira pas d’ici, mais avec un premier EP “Le Chou”, sorti en janvier 2016 et décrit par le NME comme “cinq titres post-punk furtifs et tordus bourrés de paroles explicites et d’une rage du niveau de Jack White”, la formation de Lee Broadbent (dont le phrasé rappelle un certain Johnny Rotten) et Joe Martin sait qu’elle cultive un lopin de terre fertile.

_DSC0669The Pretty Reckless

The Pretty Reckless ne promet rien de vraiment excitant sur le papier. Batteur à barbe tendance ZZ Top, musiciens gothiques à la mode US, chanteuse découverte en tant qu’actrice (Gossip Girl). Le tout sur des riffs lourdingues et une production étincelante comme le salon aux miroirs d’un bordel de Tijuana… La promesse d’une musique pleine de clichés et sans surprises semble pointer son nez.

Sur scène, la promesse est tenue. Les poses de la chanteuse, Taylor Momsen et de ses comparses qui ne peuvent s’empêcher les clins d’oeil appuyés à la famille du hard rock commercial américain répondent coup pour coup aux parties rythmiques qui en font des caisses et aux gros riffs mille fois entendus.

Sous le soleil revenu, on se dit que l’heure est venue d’aller siroter sa première bière…

_DSC1151At The Drive-In

Paris-Texas

Si impatience il y a en ce premier après-midi de RES2017, elle pèse sur les épaules des texans d’At The Drive-In. Depuis 1993 (et 11 années de silence entre 2001 et 2012) les comparses de Cédric Bixler-Zavala vont faire détonner la poudre avec leur titres post-hardcore que d’aucun qualifieront d’Art-rock. Rythmiques complexes et déstructurées, paroles énigmatiques, attitudes inexplicables pour ne pas dire carrément barrées, les ATDI tout de toile denim vêtus vont ouvrir un front hostile et acrobatique sur la grande scène à l’heure où le soleil rejoint déjà l’horizon de l’ouest parisien. Instable comme un atome d’uranium enrichi dans un réacteur d’Areva, Cedric Bixler-Zavala prend tous les risques dans des acrobaties scéniques parfois dangereuses et donne tout ce qu’il a de voix sous les riffs déglingués d’Omar Rodriguez et les coups de boutoir de Tony Hajiar, batteur de son état. Un set très court de huit titres à peine, mais qui résonne encore comme une gifle qu’on n’a pas vu venir.

_DSC1749The Jesus And Mary Chain

Darkland

On ne compte plus les groupes des années 80 qui refont surface ou surfent sur un succès passé, 10, 20 ou 30 ans après. Quand les frères Reid ont commencé à refaire parler d’eux en 2007, nous sommes nombreux à avoir ressenti un délicieux retour d’acide, celui des bonbons aux effets psychédéliques revenus des souvenirs d’une adolescence turbulente et vénérée. Depuis, les Jesus and Mary Chain écument les festivals et les salles de concerts de la planète avec pour but de faire planer les quadras et quinquas nostalgiques.

_DSC1627The Jesus And Mary Chain

Ne faisant qu’un avec son micro, Jim Reid n’a jamais été du genre à perdre du temps en communion avec son public. Pas plus que son frère, les cheveux hirsutes et l’esprit totalement absorbé par le mur sonore qui, à une époque pleurait de ses cordes de guitares. Cela et quelques titres légendaires comme Just Like Honey ou Taste Of Cindy, c’est bien tout ce qu’il reste de l’épopée du plus grand groupe de shoegazzing (nous disions alors, noisy-rock) que le monde ait connu (volontairement, nous ne parlerons pas ici des titres de leur nouvel album, Damage and Joy…). Les murs sonores que les guitares noisy déversaient, l’attitude post punk, le postulat de création du groupe (« Écrire des chansons des Shangri-Las avec le son de Einstürzende Neubauten ») tout cela appartient malheureusement au passé. Où sont passés les reverb et pédales de distorsion à fond les manettes ? Les tempos simplistes et puissants à la fois, orchestrés à deux toms ? La voix peroxydée de Jim Reid, distendue par une pédale d’effet dont on cherche encore le brevet de fabrication ? Maléfice de l’age mis à part, Jim Reid à l’air de ne plus y être et les titres s’enchainent dans des harmoniques et des accords bien trop proprets pour le pedigree d’un tel groupe. Le renfort ponctuel de Bernadette Denning n’y changera rien (au contraire, serait on tenté de dire) ; il y a des légendes du rock qu’on devrait refuser d’aller revoir sur scène passé leurs 40 ans.

_DSC2169Franz Ferdinand

Take me in !

40 ans, Alex Kapranos les assume depuis 5 ans. Nonobstant sa nouvelle non coupe de cheveux  peroxydée qui fera rire l’assistance durant tout le set, nonobstant leur énième participation à RES ou des titres maintenant devenus trop mainstream pour être pris au sérieux par l’intelligentsia parisienne, ce sont bien les Franz Ferdinand qui vont marquer de leur empreinte la première journée du festival du domaine de St Cloud. Parfaits dans leur jeu de scène et leurs interprétations, généreux, comme à leur habitude avec leur public, l’autre groupe écossais du vendredi soir va habilement faire oublier le départ de son guitariste, Nick McCarthy en enrichissant ses textures avec deux nouveaux musiciens : Dino Bardot à la guitare et Julian Corrie aux claviers et à la guitare. 15 titres, dont les inévitables The Dark Of The Matinée, Jacqueline ou Take Me Out en totale coopération avec un public débridé vont donner des airs de fête à ce 15e Rock en Seine.

_DSC2369-2Allah-Las

Quelques jours auparavant, les Allah-Las ont vu leur concert de Rotterdam annulé au dernier moment pour « menace terroriste », à quelques encablures du festival, Rock Am Ring. Il faut dire qu’avec un tel nom de groupe… Buzz macabre ou véritable attente, toujours est il que le public est nombreux devant la scène du Bosquet (ex scène Pression Live) pour le set des californiens. Ex-vendeurs chez le célèbre disquaire Amoeba (Los Angeles), pour 3 d’entre eux en tout cas, les 4 jeunes musiciens (mais à 6 sur scène) qui ont puisé leurs inspirations chez les Beach Boys, les Zombies, The Shadows et toute la garage pop de la cote ouest américaine vont livrer une prestation ensoleillée voire même, respectable.

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Music for the masses

Un terme dont, Marie Ørsted, aka MØ semble se moquer. La nouvelle Miley Cyrus venue du Danemark va faire monter de quelques degrés la température du domaine de St Cloud et, notamment, celle des photographes en contrebas dans la fosse qui, pour quelques unes et quelques uns, n’en demandaient pas tant ! Sur une dream-pop extatique et après une collaboration des plus fructueuses avec Major Lazer et DJ Snake en 2014, MØ et son mini short très échancré vont se voir remettre le prix d’excellence sur le thème des danses lascives, jambes écartées, assise, debout ou accroupie durant un set qui vaudra surtout pour la voix de la demoiselle. Dans une autre vie, la chanteuse née à Odense, une ville pas très « glam », jouait dans un groupe punk, était militante antiraciste et activiste d’extrême gauche. Depuis, elle a préféré raccrocher les gants de l’activisme pour ceux de Christian Dior et a collaboré avec Justin Bieber…

Texte: Olivier Kalousdian
Photos: William Soragna
Remerciements: Marion et l’agence Ephelide au grand complet pour son accueil toujours agréable, et une organisation au petits oignons.

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