ROCK EN SEINE 2017 : Matthieu Pigasse, année 0. (#2)

ROCK en SEINE ; 25, 26, 27 août 2017

Samedi 26 août : « Public et températures en nettes progressions »

Le soleil est confortablement installé, malgré une instabilité latente aux latitudes d’Île de France.

_DSC3403Ulrika Spacek

On avait grandement apprécié les débuts du groupe de Reading, Angleterre, formé autour de Rhys Edward et Rhys Williams. Bien qu’ils aient démarré leurs carrières respectives en 2002 via le groupe, Enigma Project, c’est en 2015 qu’ils vont faire réellement parler d’eux avec l’album The Album Paranoia, mais aussi et surtout en 2017 avec leur 2e LP, Modern English Decoration. Mâtiné de krautrock et de rock psychédélique, le style musical d’Ulrika Spacek (une contraction entre les noms d’Ulrika Meinhof et Sissi Spacek, née d’un challenge potache) est en parfaite harmonie avec la scène du bosquet où ils se produisent, sous un ciel presque bleu. Avec des titres comme, Mimi Pretend ou Beta Male, Ulrika Spacek nous rappelle le groupe Toy dans ses envolées sonores éthérées et cotonneuses.

Sur la grande scène, assis dans l’herbe pas encore sèche le public semble bien plus nombreux que la veille à la même heure. L’astre solaire et la programmation du soir n’étant sûrement pas étrangers à ce regain d’intérêt.

 _DSC3860Band Of Horses

Band Of Horses a sorti cinq albums depuis leur naissance à Seattle en 2004. Dont un, nominé aux Grammy Awards. Flirtant avec le folk US et southern-rock, les barbus décontractés fans de chemises à carreaux font ruisseler leur setlist comme un cours d’eau paisible qui serpente dans les montagnes du Colorado. Maîtrisant la scène et leur public, ils ont sûrement beaucoup appris au contact des Pearl Jam et Neil Young dont ils ont assuré les premières parties dans un passé récent.

 Sur les coups de 18h20, un vrai dilemme s’offre à Rock en Seine : la pop française façon, « on se fait un fast-food sur les champs et on file chez Sephora après ? » de Jain ou la folk gothique possédante des canadiens de Timber Timbre ?

 C’est bon de rire, parfois…

 L’appel de la foret

C’est sur la scène de l’Industrie et une pelouse réchauffée par une météo devenue très estivale qu’on retrouve un public impatient venu écouter les complaintes des comparses de Taylor Kirk. Une scène intelligemment désaxée vers l’ouest cette année après le fameux coup de gueule de Christophe Miossec en 2015 qui avait vu son set couvert par les boum boum des Chemical Brothers. Classieux jusqu’au bout du col de chemise, les Timber Timbre – un nom qui les desservira jusqu’au bout! – interprètent avec grâce des titres écrits sur du velours rouges comme, Sewer Blues, Bleu Nuit ou Trouble Comes Knocking. Perchés haut entre le romantisme des Tindersticks et la rage contenue des dEUS. Sur le titre, Velvet Gloves & Spit, leurs notes s’envolent et stagnent dans l’atmosphère ambiant en lui donnant une épaisseur proportionnellement inverse aux agitations disneylandienne de Jain qui, au même instant à quelques lieux de là parcourt la foule dans un safe crowd-surfing protégée par une capote géante en forme de bulle dans laquelle elle a pris place.

_DSC5393The Kills

Killing me softly…

Premiers poids lourds de la soirée, The Kills sont attendus de pieds fermes sur la grande scène. Avec l’avènement des couples-duo rock (légitimes ou non) dans les années 2000, The Kills ont vu leur nom et leur aura s’exporter de par le monde, notamment grâce à la qualité de leur live. A ma droite, Alison Mohssart, également connue sous le nom de « VV » (vivi). Née en Floride voilà bientôt 40 ans, elle arbore une remarquable crinière blonde sur un visage de magazines et une chemise à carreau sur un leging de faux cuir. A ma gauche, Jamie Hince, connu également sous le nom de «Hotel ». Né en Angleterre et de dix ans l’ainé de « VV ». Petite gueule de rocker teigneux et tendre à la fois, il porte un blouson satin à motifs asiatiques brodés et jean noir de rigueur. A deux et aidés par une proximité et une communion sur scène qui sont tout sauf feintes (de quoi douter que ces deux là ont un jour été mariés 5 ans et ont divorcé en 2016 !) ils vont jouer 50mn durant, d’une main de fer dans des gants de velours des titres devenus quasi des classiques comme U.R.A Fever, Kissy Kissy ou Monkey 23. Répétitifs, pour ne pas dire lassants dans des compositions aux colorations qui redonnent vie à un rock qu’on dit mourant à chaque pleine lune, mais qui semble se répéter au fil des années, il faut leur reconnaître le sens de la scène et un talent incomparable pour gratter les cordes de guitares et séduire leur public.

Un peu sage, comme à l’accoutumée, le public de Rock en Seine fera néanmoins une ovation à Alison Mosshart et Jamie Hince, under a killing moon…

Rap futuriste versus rap potache

Pendant que Vince Staples slam seul sur la scène de l’industrie sous une mise en scène aussi sombre que son flow et aussi sobre que son rap ultra minimaliste aux influences électro assumées, sont attendus les « phénomènes » de Columbine sur la scène du bosquet. Encensés par une certaine presse spécialisée, ces ex-etudiants en audiovisuel du lycée Brequigny de Rennes décident, en 2014 de former un groupe de hip-hop / rap en s’inspirant, pour leur nom de scène du drame de Columbine aux USA. Dès lors, le AK47 sera leur emblème, mais surmonté d’une colombe parce que…parce que faut pas déconner quand même ! Sûrement plus à l’aise dans leurs clips que sur scène (le clip, Vicomte fera les belles heures de la chaine web, Spion), ils ont déjà compris les codes du système et monteront sur scène avec un bon quart d’heure de retard sur l’horaire prévu. Mais, qu’importe, l’énorme public (relativement parlant à la scène du bosquet) présent est aussi post-ado et chaud que le public de plateau de Cyril Hanouna un soir de TPMP. Il va se déchaîner sur des flows aussi approximatifs que les textes sont puérils comme Dom Pérignon (« elle la suce comme une chuppa-chups ») ou Fume à Fond (« la miss crache la fumée j’enfile mon sexe dans ses ronds ») qui, bien évidemment va remporter tous les suffrages même chez les moins de 16 ans qui se mangent des mandales à la moindre odeur de tabac emportée chez leurs parents…

Chez TPMP ils sont fans, c’est dire l’avenir du groupe !

_DSC5924Bad music for bad people

Aux antipodes, à l’autre bout de la galaxie de cette punition musicale trône le groupe Frustration. Sur la scène de l’industrie et à une heure où le vrai dilemme du jour se pose avec le début simultané du concert de madame Polly Jean Harvey, les parisiens par marrants, mais hautement inspirants jouent dur et fort sur des courants passés et revisités pour l’occasion qui vont de Métal Urbain à Joy Division. Difficile de ne pas rapprocher l’attitude de Fabrice Gilbert, leader de la formation avec la gestuelle d’un Ian Curtis en pleine crise de « danse démence » en observant ses postures rares et millimétrées accompagnées d’un mouvement de balancier épileptique du buste que le chanteur de Joy Division offrait à un public incrédule il y a déjà plus de 30 ans ! Aussi abruptes que Slaves dans leurs compositions, les Frustration et leur non sens de la mélodie vont gagner les faveurs de la plèbe à qui, Frabrice le boxeur de flow lancera : « Salut mes petits actionnaires ! ».

Signés sur l’excellent Born Bad, les quadras de Frustration donneront le seul concert vraiment « punk » de cette 15eme édition de Rock en Seine.

Troupe d’élite

Sur la grande scène, une reine s’est à nouveau installée sur le trône de France. PJ Harvey et sa cour composée de John Parish, Mick Harvey et bien d’autres seigneurs musiciens du royaume anglo-saxon éclairent de leur charisme et de leurs talents la nuit parisienne. La caravane sonore qui forme l’élogieuse troupe en scène mélange des morceaux de ses albums, The Hope Six Demolition Project, Let England Shake, Uh Huh Her, White Chalk… Empreints d’une solennité parfois lourde et décuplée par la prestance de la déesse de la nuit, ses sept musiciens en costards noirs vont faire sonner et résonner hautbois, cors, tambours et trompettes dans tout le domaine de St Cloud et conclure, sans surprise dans la setlist, ce deuxième jour de Rock en Seine sur des airs de banquet royal.

Texte: Olivier Kalousidan
Photos: William Soragna
Remerciements: Marion et l’agence Ephelide au grand complet pour son accueil toujours agréable, et une organisation au petits oignons.

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