ROCK EN SEINE 2017 : Matthieu Pigasse, année 0. (#3)

ROCK en SEINE ; 25, 26, 27 août 2017

Dimanche 27 août : «De la musique, avant toute chose !»

Quelques jours après les attentats de Barcelone et l’annulation du concert des Allah-Las à Rotterdam, les forces de police et même l’armée via l’opération Sentinelle sont présentes en nombre aux abords du domaine national de St Cloud. La route départementale dans le sens sud-nord est coupée à la circulation pour mieux contrôler les limites grillagées de Rock en Seine. Au fil des années, l’état d’urgence est devenu permanent et, au delà des analyses politico-médiatiques (d’une pertinence parfois confondante) qui animent les réseaux internet à son sujet, on peut imaginer que faire le guet dans un Renault Trafic, même en version suréquipée pour zéro euros de plus à quelques encablures de dizaines de milliers de festivaliers fumant des joints, une bière à la main est un job qui reste salement ingrat !

_DSC7400Ty Seagall

Surfin’ USA
Ty Seagall est un saltimbanque du rock. Tout jeune déjà il enregistre et joue solo de tous les instruments qui lui passent sous la main. Sur la scène de l’Industrie, à une heure où d’autres parisiens démarrent leur brunch hebdomadaire, Ty Seagall et ses comparses tout de rouge vêtus vont parvenir, 50mn durant à faire briller leur soleil californien natal sur la plaine de St Cloud bordée par la Seine. Orgue Hammond et riffs garage en avant, le rock’n roll, parfois psychédélique parfois Lo Fi déroule son tapis rouge devant un public de connaisseur. Un public à qui Ty Seagall fera don, dans un geste qui aurait pu mal tourner de quelques unes de ses pédales d’effets en toute fin de concert.

_DSC7963Mac DeMarco

Canada dry
Mac DeMarco est un mystère dans le line-up de Rock en Seine, notamment sur sa plus grande scène. Vêtu en dépit du bon sens, tel un touriste texan arpentant Montmartre un après-midi d’été ses compositions sont au rock ce que les hit de Michael Jackson sont au mouvement punk. Ce jeune canadien qui truste quelques médias spécialisés depuis plusieurs mois du fait d’une personnalité qu’on dit déjantée, a pour héros Jonathan Richman (Modern Lovers) ou Steely Dan. En résultent des titres de jangle-pop surfant entre Christopher Cross et The Eagles, mais sous retour d’acides. Plus attirés par la curiosité d’un artiste portant une casquette improbable, légèrement ivre et cigarette à la main que par ses titres sans aucune sorte d’intérêt en dehors d’un ascenseur de building à Los Angeles, les curieux en repartiront avec plus de questionnement que de réponses. Les légendaires blagues grivoises de Mac DeMarco et un réel talent pour la communication avec son public sauveront la grande scène d’un « rock’n roll suicide » en bonne et due forme.

_DSC8461George Ezra

George cloné
Après le succès interplanétaire de son premier album, Wanted On Voyage (2014), George Ezra s’est mis en retrait pour mieux digérer les millions de disques vendus et les centaines de concerts donnés tout autour du monde. Un succès « commercial » diront certains…mais un succès indéniable dû à de vrais talents d’auteur, de compositeur et de singer solo à la voix d’un grave et d’un suave rarement entendus à ce niveau là de la compétition.
Celles et ceux qui assistèrent à ses premières prestations sur la scène du Café de la Danse, par exemple vont être surpris par le retour sur scène du prodige anglais.
Dorénavant accompagné d’une armée de musiciens – dont la moitié n’apportera pas grand chose au propos – qui s’affichent devant son nom en lettrages géants, George Ezra semble avoir correctement digéré son énorme premier album, sans perdre, pour autant une certaine authenticité. Ses nouvelles compositions n’en sont pas totalement dénuées non plus, même si elles sont franchement en retrait comparées à celles de, Wanted On Voyage.
Des nouveaux titres comme Hold My Girl ou Pretty Shining People, écrits pendant une retraite à Barcelone qui, au delà de textes, corrects et proprets, manquent cruellement de structure originale et de sens mélodique dans leur partition musicale. Sans surprise, ce sont ses anciens titres que le public va acclamer au gré des singles tels que, Cassy O’, Did You Hear The Rain? ou le très attendu tube, Budapest en clôture de set.

Kids Loco
Il y a facilement 25 000 personnes massées devant la grande scène de Rock en Seine. Tête d’affiche incontournable de la dernière journée de RES 2017, les américains de Cypress Hill vont s’emparer du « mic » sous les coups de 19h45 pour ne plus le lâcher une heure durant.
Le rap west-coast débarque (une fois de plus) à Rock en Seine et peu importe que Sen Dog, DJ Muggs ou B-Real aient atteint la cinquantaine aujourd’hui. Joint en main, casquette vissée sur la tête, B-Real et ses comparses issus du « rap latinos » vont délivrer du gros son et faire la joie d’un tout Paris en mode gangsta, pour un moment.
Depuis 1991 et leur album éponyme (soit, bien avant la naissance des trois quarts des festivaliers scandant leur nom dans le public) Cypress Hill a écrit les plus belles heures du rap US collaborant avec les Beastie Boys ou produisant (B-Real) le groupe, House Of Pain. Les titres, How I Could Just Kill a Man ou Insane In The (Mem)Brain (après un dément, fuck that side contest sur des riffs de Nirvana) vont ce soir résonner comme des standards, des titres déjà cultes et confirmer que celles et ceux qui ont connu leur début sont plus proches de leurs points retraite que de leur premier stage en entreprise !

Sur le chemin – aussi fréquenté qu’une gare de Lyon un 1er août – menant à la scène du Bosquet, Arnaud Rebotini dans un look de Fred Mercury en cuir noir passé aux anabolisants et à la gonflette propose un DJ set flamboyant à quelques rêveurs venus pour danser sans chanter ; un moment de répit isolationniste, seul dans sa tête. Impossible de ne pas prendre le temps de s’y égarer, un long moment…

_DSC9552Slowdive

Deep dive
Neil Halstead et Rachel Goswell forment le duo de tête du quintet anglais, Slowdive. Pourtant très attendus, ils sont programmés sur la scène du Bosquet (la plus éloignée et la plus modeste de RES). Avec leur nappes hypnotiques et éthérées et alors que la nuit tombe doucement sur St Cloud, on aurait aimé voir les cinq membres du groupe de Reading qui oeuvrent depuis longtemps à faire vivre le shoegazzing façon « ambient » se proposer d’aller faire planer un public plus nombreux sur une scène plus ambitieuse…
Forts du succès de leur dernier opus éponyme, Slowdive, le groupe va réussir à envouter le public sur des titres comme Star Roving ou Catch The Breeze puis, sur une cover de Syd Barret, Golden Hair. Un titre de plus de 8mn qu’un mur de guitares subtil et délicat va porter haut dans le ciel clair et presque étoilé qui recouvre tous les artistes de Rock en Seine jouant à la même heure.

_DSC9985_The XX

XXS
Dernière tête d’affiche de la journée et du festival, les anglais de The XX ont l’honneur de jouer en clôture (officielle) de Rock en Seine 2017.
En duo guitares homme/femme sur scène comme le sont The Kills (la comparaison s’arrête là), Romy Madley Croft et Oliver Sim paraissent bien vertueux comparés au duo Alison Mosshart/Jamie Hince qui occupaient la même scène deux jours avant. Leurs titres, mêmes les plus connus n’arriveront jamais à faire décoller le public – exceptés leurs plus grands fans – ni à enflammer l’atmosphère du domaine de St Cloud. Englués dans des compositions voguant entre l’électro pop de Jamie XX (Loud Places), la pop-rock de Muse et des beats lents empruntés au hip-hop et à la dance-music qui ne trouveront jamais leur place sur un lit de guitares électriques bien trop sages, The XX ne sont jamais aussi bons que quand leur DJ, Jamie Smith organise le set seul avec ses machines et que les voix de Romy Croft et Oliver Sim font une pause.
En 15 ans de Rock en Seine, on a vu conclusions de festival plus pertinentes…

Souffrant d’une programmation parmi les plus faibles de son histoire, le Rock en Seine époque Matthieu Pigasse devra prouver qu’il peut mieux faire en terme de line-up en 2018. Hormis une grue (et ses centaines de litres de gasoil qui ont fait suffoquer plus d’un festivalier à ses environs) issant haut une nacelle géante permettant à 20 personnes d’aller admirer le festival d’en haut, une bière à la main (on pense aux grues de saut à l’élastique de Solidays), la fin des toilettes sèches et de quelques autres actions « éco-responsables » que l’équipe de François Missonier avait mises en place, Rock en Seine est toujours à la hauteur de sa réputation et la présence de quelques 110 000 festivaliers sur 3 jours à une époque où la concurrence devient presque trop forte en Ile de France (Lollapalooza ; Download Festival…) ne trompe pas.

Texte: Olivier Kalousdian
Photos: William Soragna
Remerciements: Marion et l’agence Ephelide au grand complet pour son accueil toujours agréable, et une organisation au petits oignons.

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